La culpabilité : ce fil invisible Toxique qui étouffe tant d’adultes
- chrystophefournier
- il y a 13 heures
- 4 min de lecture
Quand on croit que c’est de notre faute
Il y a un fil conducteur qui revient souvent à l’âge adulte : la culpabilité.
La culpabilité d’avoir subi.La culpabilité d’être resté.La culpabilité d’avoir accepté.La culpabilité d’avoir “attiré”.
La semaine dernière, Isabelle — l’une de mes patientes — me raconte ses relations amoureuses successives.Toutes marquées par la même dynamique : instabilité, emprise, souffrance.
À un moment, elle s’arrête et dit :
« C’est de ma faute…je les ai attirés.J’ai joué de mes charmes. »
Et là, la culpabilité apparaît.
Comme si elle avait participé consciemment à sa propre blessure.
Comme si elle avait choisi.
Mais non.
Elle n’a pas appelé des personnes toxiques.Elle n’a pas choisi la souffrance.
La réalité est plus profonde.
Quand l’enfance fabrique une boussole faussée
Isabelle a grandi avec :
une mère maltraitante, qui ne l’a pas protégée
un abandon affectif précoce
un climat familial fait de secrets, de mensonges et de double vies
Un enfant construit sa vision du monde en observant.
Quand ce qui est dit ne correspond pas à ce qui est vécu, cela crée :
de la confusion
un doute sur la réalité
une difficulté à faire confiance
un sentiment que rien n’est stable
Puis il y a eu le départ de sa mère.
Sans explication.
Au moment même où Isabelle entrait dans l’adolescence.
Elle a vécu ses premières règles seule.Dans la honte.Dans le silence.
Sans repère.Sans sécurité.
Et quand l’amour manque, le corps apprend une chose :
il faut s’adapter pour ne pas perdre le lien.
Quand le système nerveux s’habitue à l’instabilité
Avec le temps, le système nerveux ne cherche plus seulement la sécurité.
Il cherche… ce qu’il connaît.
Et Isabelle ne connaît pas :
la douceur
la stabilité
la cohérence
Elle connaît :
l’imprévisible
la tension
l’absence
Alors adulte, elle ne “choisit” pas des partenaires toxiques.
Elle reconnaît une ambiance familière.
Pas consciemment.
Mais corporellement.
Ce n’est pas un choix. C’est une mémoire.
le voyage intérieur d'Isabelle
Lors d'une séance, Isabelle pose les mots qui vont ouvrir une brèche :
« Quand quelqu’un est stable… je m’ennuie. Et quand quelqu’un est intense… je me sens vivante. »
Cette phrase n'est pas une simple constatation, c'est le cri d'un système nerveux qui a confondu la survie et l'existence. Plutôt que de l'analyser froidement, je l'invite à plonger dans cette sensation.
— « Vivante comment ? », lui demandais-je.
Elle s'arrête, le regard dans le vide : « En alerte… mais présente. »
La confusion entre l'être et l'activation
C’est ici que le travail de fond commence. Ce qu’Isabelle appelle « être vivante » est en réalité une hyper-vigilance. Son histoire a tissé un lien invisible mais puissant entre des concepts qui devraient s'exclure :
L'intensité est devenue le seul baromètre du lien.
La tension est devenue la preuve de la présence de l'autre.
L'imprévisibilité est devenue le visage de l'amour.
Je lui explique alors : « Votre corps n'a pas choisi le danger, il a simplement appris à reconnaître le connu. » À cet instant, on sent la culpabilité se dissoudre. Ce n'est plus une erreur de jugement, c'est une mémoire corporelle qui cherche à se protéger en restant dans ce qu'elle maîtrise, même si cela la fait souffrir.
Le silence assourdissant du calme
Un jour, elle me raconte un rendez-vous avec un homme "gentil". Il était là, prévisible, respectueux. « Je n’ai rien ressenti, dit-elle. C’était plat. »
Nous avons exploré ce "rien". En descendant dans cette sensation, Isabelle réalise que ce n’était pas du vide, mais une absence de menace. Son système nerveux n'avait tout simplement pas encore de "demeure" pour accueillir la paix.
Je lui propose alors cette clé :
« Et si ce que vous appelez ennui était en réalité une plénitude que votre esprit n'a pas encore appris à habiter ? »
La rééducation de l'âme et du corps
La réparation ne naît pas d'une décision mentale, mais d'une lente alchimie intérieure. Il ne s'agit pas de "mieux choisir", mais de transformer sa capacité à recevoir. La culpabilité s'efface quand on réalise qu'un enfant ne choisit pas son climat émotionnel : il s'y adapte pour ne pas rompre le lien.
Se libérer, c'est entamer un processus de résonance nouvelle :
Réapprendre la douceur : la percevoir non comme une faiblesse, mais comme une force.
Écouter les signaux internes : différencier l'excitation du danger et la joie de la rencontre.
Accepter l'étrangeté du paisible : laisser au calme le temps de devenir une sécurité.
Le basculement vers la présence
Quelques semaines plus tard, Isabelle me raconte une interaction avec un homme posé. Elle a senti l’envie viscérale de provoquer une étincelle, de créer une tension pour "sentir" quelque chose. Mais cette fois, elle est restée au centre d'elle-même. Elle a observé le réflexe sans s'y soumettre.
« J’ai compris que c’était mon ancienne peau qui parlait », me confie-t-elle. Ce n’était pas encore confortable, mais c’était souverain.
La profondeur au service de l'être
Ce que nous nommons "travail thérapeutique" n'est ici ni une correction, ni une leçon de morale. C’est une approche où l’analyse psychologique se met au service de votre dimension la plus profonde. En décryptant les mécanismes de survie d'Isabelle, nous n'avons pas seulement "réglé un problème" : nous avons libéré un espace en elle. C'est dans ce décalage, entre le vieux réflexe et la nouvelle conscience, que l'être véritable peut enfin se manifester, débarrassé du bruit de l'alerte permanente.
Conclusion : Retrouver son identité profonde
La véritable guérison ne se mesure pas au partenaire que l'on trouve, mais à la relation que l'on restaure avec soi-même. Elle commence quand :
On ne prend plus le stress pour de la passion.
On ne prend plus le silence pour de l'absence.
On cesse de se croire coupable d'avoir survécu.
Isabelle n’était pas "attirée" par la toxicité ; elle était simplement en exil de sa propre sécurité. Aujourd’hui, elle réintègre sa maison intérieure. Ce chemin ne demande pas de volonté farouche, mais une immense tendresse envers soi-même. Car tout commence par cette certitude :
« Ce n’était pas ma faute. »
Christophe Desbonnet
Psychopraticien Médium
Accompagnant vers la libération et la l 'épanouissement
Transformer l'épreuve en force de vie






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