Violences psychologiques parentales : quand le système nerveux reste en mode survie
- chrystophefournier
- il y a 11 heures
- 4 min de lecture
Quand le corps apprend à se taire
Comprendre le figement émotionnel issu des violences psychologiques parentales
Dorothée est venue un jour dans mon cabinet et m’a dit, presque d’une traite :
« Je n’y arrive plus. J’ai du mal à trouver ma place. Je suis remplie de peurs. Je n’ose pas. Quand mon mari me fait une réflexion, je me tais, je me recroqueville. Je suis dépassée par mes émotions, j’ai l’impression de ne plus savoir gérer ma vie. »
Elle ne se décrivait pas comme une femme faible. Elle se décrivait comme une femme épuisée, confuse, honteuse de ne “pas réagir”.
Alors je l’écoute. Et comme souvent, je ne m’arrête pas au symptôme. Je creuse.
Ce qui ne ressemble pas à un événement… mais à un climat
Très vite, Dorothée me parle de son enfance. Ou plutôt, du climat dans lequel elle a grandi.
Ce n’est pas une succession d’événements isolés. C’est un environnement relationnel chronique fait de :
dévalorisation répétée
humiliations publiques et privées
absence totale de réparation émotionnelle
insécurité affective permanente
inversion des rôles (l’enfant devant s’adapter à l’adulte)
Nous sommes clairement face à une violence psychologique parentale chronique, principalement maternelle, avec un père présent physiquement mais non protecteur, silencieux, effacé.Et cette absence de protection renforce le traumatisme.
Quand la mère humilie, rabaisse, nie
Dorothée décrit une mère maltraitante, à fonctionnement pervers narcissique, qui maltraite insidieusement, verbalement, parfois physiquement.
Brimades émotionnelles et verbales
Rabaissements constants :« Tu ne fais jamais attention », « tu es maladroite », « bordélique », « tête en l’air »
Aucune reconnaissance : ni diplômes, ni accouchements, ni maison
Discours systématiquement disqualifiant ses choix, ses goûts, sa façon d’être
Comparaisons dévalorisantes (sœur, corps, intelligence, décoration…)
Mépris déguisé en humour ou en fausse bienveillance
Humiliations publiques
Gifles ou engueulades devant la famille
Réflexions humiliantes devant des tiers
Rires après l’injustice : « t’as eu une claque pour rien »
Invalidations émotionnelles graves
Négation de sa souffrance
Moqueries ou agressivité lorsqu’elle pleure
Absence totale de réparation après la violence
Déni de ses grossesses, dénigrement de sa maternité
Contrôle et disqualification
Études, métier, relations amoureuses
Corps, poids, vêtements, coiffure
Manière d’être mère, de tenir la maison
Loisirs, temps pour elle
Atteintes identitaires profondes
« On t’a faite parce que ta sœur voulait une sœur »
« Si j’avais eu un garçon en premier, je n’en aurais pas refait »
👉 Le message implicite est ravageur :« Tu n’es pas désirée pour qui tu es. »
Comment le système nerveux se construit dans ce contexte
Ce point est central. Car Dorothée ne “réagit pas” aujourd’hui non pas par faiblesse, mais par mémoire traumatique.
Enfance : installation du trauma
L’enfant grandit dans un environnement où :
l’amour est conditionnel
la sécurité dépend de l’humeur de l’adulte
l’erreur = danger
l’expression émotionnelle = humiliation ou punition
Le système nerveux apprend une chose essentielle :
« Me taire = survivre. »
Hypervigilance, figement, soumission adaptative
À l’âge adulte, le système nerveux de Dorothée fonctionne encore sur ces bases.
1. Hypervigilance permanente
Anticipation constante du reproche
Analyse excessive du ton, du regard, des mots
Peur de “mal faire”, même sans raison objective
2. Réponse de figement (freeze)
Face à l’autorité, au reproche ou au conflit :
sidération
impossibilité de répondre
confusion mentale
sensation d’être “prise de court”
👉 Le corps se coupe pour se protéger.
3. Soumission adaptative (fawn)
S’excuser même quand elle n’est pas en tort
S’accuser spontanément
Chercher à apaiser l’autre, au détriment d’elle-même
Les conséquences à l’âge adulte
Dans les relations
Hypersensibilité au ton autoritaire
Impression d’être toujours fautive
Difficulté à poser une limite sans culpabilité
Peur de décevoir ou de créer un conflit
Effondrement intérieur après les échanges (pendant plusieurs jours)
Sur l’image de soi
Honte diffuse et permanente
Sentiment d’infériorité
Doute constant sur sa légitimité
Impression de ne jamais être “assez”
Dans le corps
Fatigue nerveuse chronique
Ruminations incessantes
Blocages physiologiques anciens (ex : difficulté à uriner hors de chez soi)
👉 Le corps a appris très tôt à se contracter sous la peur.
“Pourquoi je ne réponds pas ?”
Il est essentiel de le dire clairement :
Ce n’est❌
ni un manque de caractère❌
ni de la faiblesse❌
ni de la passivité
👉 C’est une mémoire traumatique relationnelle.
Le cercle vicieux actuel
Quelqu’un critique ou fait une remarque
Le corps panique
Elle se tait ou s’accuse
L’autre prend plus de place
Elle se sent nulle, honteuse
Elle rumine pendant des jours
La croyance se renforce : « je suis incapable »
L’axe thérapeutique : sécuriser avant d’affirmer
Avant toute “affirmation de soi”, il est indispensable de sécuriser le système nerveux.
Les priorités :
sortir du mode survie
réhabiliter la légitimité émotionnelle
apprendre à sentir avant de répondre
introduire des micro-réponses corporelles (respiration, ancrage)
travailler la désidentification de la voix maternelle internalisée
Ce que je lui ai dit
« Le problème n’est pas que vous ne sachiez pas vous défendre. C’est que votre corps a appris très tôt que se défendre était dangereux. Aujourd’hui, nous allons apprendre à votre système nerveux que ce n’est plus le cas. »
Et c’est souvent à cet endroit précis que quelque chose commence enfin à se relâcher. Pas dans la tête. Dans le corps.
Est-ce que vous vous reconnaissez dans ce mécanisme ?
Cet article ne remplace pas un accompagnement thérapeutique.
Si ces mots résonnent, c’est peut-être qu’un espace sécurisé est nécessaire pour vous.
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Psychopraticien Médium
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