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Pourquoi la culpabilité vous ment.

On peut être victime et pourtant se sentir coupable. C’est le paradoxe tragique du traumatisme.

Magalie, l’une de mes patientes, a plusieurs dizaines d'années aujourd'hui. Enfant, elle a traversé des violences. Adolescente, elle a grandi dans l'insécurité. Jeune adulte, elle a vécu un viol.

Quand elle en parle, les mêmes mots reviennent, portés par une honte silencieuse : « Je n'ai rien dit. Je n'ai pas résisté. Et le lendemain, j'ai même revu mon agresseur. »

Ces phrases, des milliers de femmes — et quelques hommes dont je fais partie — les ont pensées et dites. Elles ressemblent à des aveux. Elles ne le sont pas. Ce sont des symptômes.

Sachez une chose : votre culpabilité n'est pas une vérité, c'est un mécanisme de survie.

1. La biologie du "Figement" : Le court-circuit du corps

Le viol n'est pas seulement un événement psychologique. C'est un choc neurophysiologique qui court-circuite toute décision consciente. Face au danger, notre système nerveux possède trois modes :

  • La voie ventro-vagale : sécurité, lien, présence.

  • La voie sympathique : fuir ou se battre.

  • La voie dorso-vagale : se figer, se dissocier, survivre autrement.

Si fuir est impossible, le cerveau active le figement. Ce n'est pas une décision. C'est un réflexe archaïque de survie, identique à celui d'un animal face à un prédateur.

2. Le piège de la culpabilité rétrospective

C'est là que le cerveau nous joue un tour cruel. Pendant l'agression, la partie rationnelle (le cortex préfrontal) est « hors ligne ». Mais après, quand le danger est passé, cette partie revient et analyse la scène : « J'aurais dû crier. J'aurais dû partir. » C'est un piège neurologique. Le cerveau juge après coup une personne qui n'avait pas accès à ses outils de réflexion. On se rend responsable pour garder l'illusion que le monde n'est pas totalement dangereux. C'est une survie psychique, pas une vérité.

3. La dissociation : Ne pas confondre absence et consentement

Magalie a survécu grâce à la dissociation : cette sensation d'être spectatrice de la scène, une anesthésie émotionnelle. Son système nerveux avait appris très tôt à « décrocher » pour se protéger.

La dissociation est une intelligence du corps. Mais elle laisse une trace trompeuse : le souvenir d'un corps qui « a laissé faire ». Le silence n'est pas un oui. L'immobilité n'est pas un accord.

4. Pourquoi revoir l'agresseur ?

C’est souvent ce détail qui génère le plus de honte. Pourtant, le cerveau tente de « normaliser » l’horreur pour réduire la terreur. « Si je le revois, peut-être que ce n'était pas si grave. » C’est un mécanisme de protection pour ne pas s'effondrer devant l'idée que quelqu'un a pu nous faire du mal intentionnellement.

Ce que cela change, aujourd'hui

Magalie a porté les blessures de toute une famille. Elle a longtemps cru qu'elle ne valait rien. Pourtant, elle possède une force intérieure exceptionnelle.

Aujourd'hui, Magalie comprend :

  • Elle n'a rien choisi, rien permis, rien provoqué.

  • Elle n'a pas « accepté » : elle a survécu.

  • Son corps a fait exactement ce qu'il fallait pour la garder en vie.

En comprenant ces mécanismes, sa culpabilité s'envole petit à petit. Nous travaillons ensemble à changer ces automatismes pour qu'elle retrouve enfin une vie sereine et libre.


 l'histoire de "Magalie" Aujourd'hui, j'ai reçu ce message de sa part et il m'a profondément touché.

Je vous le partage (avec son accord), car ses mots pourraient être les vôtres. Si vous vous sentez "nulle" ou "coupable" d'avoir figé face à l'insupportable, lisez ce qu'elle a ressenti en comprenant enfin les mécanismes de son corps :

"Merci pour ton article. Le fait de lire ce que tu m’as expliqué hier c’est encore plus impactant pour moi. Moi qui aime tout comprendre, je suis servie. Je ne me sentirais plus coupable maintenant, j’ai enfin compris que rien n’était de ma faute.Je me suis toujours sentie tellement nulle de n’avoir aucune réaction et on me l’a tellement reproché... En lisant ce texte, j’étais très émue et j’ai aussi retenu que j’étais une femme forte. Ça m’a fait un bien fou."

Réhabiliter les victimes, transformer la honte en force... c'est le cœur de mon accompagnement. Merci Marie pour ta confiance et pour ce témoignage qui, j'en suis sûr, aidera d'autres personnes à s'autoriser, enfin, à se pardonner. 🙏


Christophe Fournier Desbonnet Accompagnant vers la libération et l'épanouissement Psychopraticien & Médium Transformer l'épreuve en force de vie

 
 
 

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